Le Maroc et le « tsunami financier »

// 5 octobre 2008 // Maroc

Bonjour chers lecteurs,

Tout d’abord je profite de ce moment pour vous souhaiter un bon Aid à tous et une bonne reprise à tout le monde. Je ne vais pas tergiverser plus longtemps, ce dont j’aimerais parler aujourd’hui est d’une importance capitale. Comme le titre l’indique et comme vous avez tous déjà dû en entendre parler d’une manière ou d’une autre, nous faisons face à une nouvelle crise financière mondiale. Sans jouer les économistes (loin de moi l’idée de me prétendre plus savant que je ne le suis) j’ai essayé de synthétiser dans les grandes lignes les relans de cette crise et ses éventuels impacts sur notre économie à nous et sur notre pays en général. Devant la multitude d’avis et de reportages disponibles, il n’est pas toujours simple de faire la part des choses.

Yallah 3ala barakati llah !

Etat des lieux :

Depuis quelques mois,  le domaine de la finance semble resurgir au premier plan. Et pas toujours de manière positive. Dans tous les médias, on ne cesse de nous annoncer des « crises » d’origine étrangère qui affecteraient les économies nationales (crise des subprimes que j’expliquerai plus bas), une hypothétique « récession » américaine qui ralentirait les « marchés mondiaux », et des « fraudes financières » majeures bousculant le système. Résultat des courses on se retrouve avec je ne sais combien de compagnies d’assurance (AIG que vous retrouvez sur les maillots d’une certaine équipe de football..) banques nationalisées (aussi bien en Europe qu’aux USA); quand il n’est pas carrément question de faillite ! (Lehman Brothers par ex).
Comment en sommes-nous arrivés là ?Au moment où l’on commence à faire payer le contribuable (qui dit nationalisation dit argent de l’état, et qui dit argent de l’état dit contribuable) de manière directe ou indirecte au Royaume-Uni aux Etats-Unis ou ailleurs en Europe  ? D’après les analyses et recherches que j’ai effectué tout aurait commencé avec la fameuse « crise des subprimes ».

Petit tour d’horizon:

Les subprimes sont en fait des crédits ayant été attribués à des ménages américains ‘peu solvables’ pour s’acheter un logement. Pour faire simple, n3tik flouss lyoum ila ma9dertiche tkhelless liya les traites nddi lik ddar ! Sachant que les prix de l’immobilier ne cessait d’augmenter les banques étaient à l’abri. Au pire elles saisissaient la maison et la revendaient à un prix plus élevé que ce qu’elle valait quelques années auparavant. Seulement voilà on a oublié de citer deux détails au grand public !
awalane - Les banques se revendaient les dettes entre elles. Schéma:  Imaginez Banka ra9m wa7d et Banka ra9m jouj.
B1 à B2: hak la dette dial mHand, kantssalou 5000 $, chri8a nta men 3ndi et c’est toi qui récupérera son argent qd il remboursera.
B2 à B1: Ok ou ana nite nbi3 lik dial Ali ou Zahra.
Maintenant imaginez que chaque banque fait ça avec plusieurs banques différentes, et que toutes ces banques ne se trouvent pas forcément dans le même pays… Les dettes titrisées (c’est comme ça qu’on appelle ce processus) se retrouvent partout dans le monde chez des banques qui ne savent même plus qui est Ali ou Hmad…

taniyane : Mauvais calcul des banques, le prix de l’immobilier a commencé à chuter… Donc ila jab llah Mhand ma9derch ikhellass 7etta ila dite lih ddar elle ne vaut plus beaucoup d’argent parce que l’immobilier chute ! Ache ghadi ndire ache ghane dir, puisque le risque à changé j’augmente traitate dial MHand  (la banque avait le droit et M7and ne peut que suivre)

Résultat = M7and msskine ne pouvait plus payer la banque, les montants étaient devenus trop importants, il est donc chassé de lui chez lui car la banque récupére quand même la maison. La banque vend la maison mais elle ne lui rapporte rien .. Donc au final, m7and khasser ou mab9a 3ndou dar, Banka 1 ‘officiellement’ khassra car elle n’a pas récupéré son argent, et Banka ra9m jouj  perd vraiment hiya car elle avait racheté les dettes à banka 1!!
==> Remplacez M7and par Frank, Banka 1 par un nom de banque américaine, et Banka 2 par un nom de banque n’importe où ailleurs dans le monde, multipliez l’exemple par plusieurs milliers et voilà comment on obtient une crise qui en quelques mois, détruit des richesses égales à 10 % du PIB mondial, soit 4.000 milliards de dollars !

Effet domino:

Voilà donc pour le début de toute cette histoire. L’enchainement n’en est que pire. Par la suite l’effet domino s’accentue, une banque tombe après l’autre, des millions de gens se retrouvent à la rue aux USA, et les gouvernements de plusieurs pays sonnent la sonnette d’alarme.

C’est là en effet que ça devient intéressant si je peux dire, car pour l’instant on est encore dans la partie ‘fictive’ de la finance. Mais très vite ça a des retombées sur l’économie réelle. Des banques qui ferment ce sont les épargnes de gens comme vous et moi, des financements pour les entreprises et ainsi de suite… Voilà comment d’une crise à l’autre l’ampleur est devenue mondiale.

Comble de l’ironie, le gouvernement américain, d’habitude défenseur du libéralisme, se retrouve obligé de lancer un « plan de sauvetage de  l’économie » de plus de 700Milliards de $  (ce qui augementerait la facture à presque 1000 Milliards $ avec ce que le gouvernement a déjà déboursé dans l’urgence). L’argent du contribuable pour sauver l’avidité des financiers…  Mais je ne suis pas là pour porter un regard de juge sur tout ça. Ce qui m’intéresse c’est surtout de mesurer l’impact de ce remue-méninge global sur notre pays 7na. Sommes-nous concernés ? Est-ce la faute de la mondialisation ? Comment des crédits attribués au fin fond de la campagne américaine peuvent-ils sérieusement nous toucher nous qui sommes à l’autre bout du monde ?

Et bien mes amis, comme décrit précédemment l’économie réelle a été gravement touchée. Le secteur bancaire blessé, c’est tout un pays qui se retrouve à genoux. Prenez par exemple la France, elle est déjà en récession (bye-bye la croissance), et toute l’europe occidentale suit le même schéma (Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne…). Pour nous autres ici de l’autre côté de la méditérannée, il y a de quoi s’alarmer. Un ralentissement en France et en Europe, c’est  les transferts des MRE (toujours première source de devises nationale) risquent de se réduire drastiquement, de même que les investissements européens au Maroc !
Le Wali de Bank Al-Maghrib, M. Abdellatif Jouahri a affirmé récemment à la presse que « Le Maroc n’est pas touché par la crise financière internationale »… Nous ne sommes peut-être pas touchés directement mais les répercussions il risque d’y en avoir, pour la simple et bonne raison que nos principaux partenaires sont mal en point.
Certains secteurs montrent déjà des signes d’essouflement : l’immobilier de luxe, l’offshoring (délocalisations des entreprises au Maroc) et le tourisme. Qui oserait dire que ce ne sont pas des secteurs qui tirent notre économie nationale ?

Au risque de paraître alarmiste, il faut vite agir, et mettre en place des mesures de prévention et un plan de soutien pour être préparé à l’avenir. Alors que plusieurs tiraient déjà les sonnettes d’alarme, les gouvernements occidentaux ont commis l’erreur de ne pas prévoir la chute ou de la minimiser, on voit aujourd’hui le résultat. Ne commettons- pas la même erreur.

Le feuilleton de la crise, avec ses rebondissements, son rythme endiablé, continue: la suite fil 7al9a l9adima…

B.Z.

Update 8 oct. 2008 : L’économiste vient de réaliser un article sur le sujet, à consulter ici leconomiste-crise

Update 11 oct 2008: Voir l’article de Telquel sur le sujet  disponible à cette adresse   , je cite : << Plus inquiétant est l’impact sur les ressources qui ont connu la plus forte progression ces dernières années : les recettes du tourisme, les transferts des MRE et les investissements directs étrangers (IDE). “En cas de récession, ces trois ressources pourraient se tarir… >>

Update 13 oct 2008: Retombées en terme d’inflation et de déficit commercial
lien 1:Larbi.org/conjoncture et lien 2: les-echos-fr

7 commentaires pour“Le Maroc et le « tsunami financier »”

  1. kamal dit :

    Merci pr les explications ssi Brahim, messkine Mhand iftaa guisséntte:):):)

  2. alibaba dit :

    D’accord avec votre analyse avec cependant un « bémol » concernant les repercussions de la crise sur notre pays.
    En effet, soyons pragmatiques : nous ne représentons rien dans l’économie mondiale (ou si peu) et de ce fait, je ne pense pas que le secteur financier (acteur majeur dans l’économie) connaitra les mêmes difficultés qu’aux USA ou en Europe, obligeant l’Etat à des « renationalisation » , etc.
    Bien sûr il y aura certainement des « dommages collatéraux » sur quelques secteurs dépendant de l’extérieur (tourisme, exportateurs, etc.) et il y aura vraisemblablement une chute des IDE.

    Mais le vrai problème pour nous reste la pluie !


    @alibaba:
    Le tourisme en terme d’entrée de devises au même titre que les virements des MRE et les revenus du phosphate (OCP) n’est pas négligeable. D’autant que les MRE sont touchés dans leur pouvoir d’achat ce qui va se répercuter sur les soldes de certains marocains qui comptent sur leur proches à l’étranger.
    Pour la pluie, je comprends que comme le dit la chanson « Khmssine 3am ou7na kanetssenaw f cheta » mais une analyse de l’economie marocaine montre qu’elle est de moins en moins rurale (même si on a du mal à le croire) et la tendance pèse plus du côté du tourisme et des services (offshoring etc…) on est donc de plus en plus éloigné de la maxime du maréchal lyautey qui disait : « gouverner au maroc c’est pleuvoir » … L’économie marocaine commence à basculer du côté du tertiaire !
    Une dernière info et je ne considère pas ça comme un scoop, le crédit agricole sera peut etre la premiere banque a connaitre des problemes. Selon des sources syndicales le directeur général Karim Belmaachi a claqué la porte et la banque aurait perdue deux places dans le classement des banques marocaines en un mois.

    B.Z.

  3. HMIDA dit :

    Tu es le premier et le seul jusqu’à présent homme poltique à aborder ce problème ….

    Bravo!

  4. alibaba dit :

    @ BZ
    Pour le Crédit Agricole Maroc, ce n’est effectivement pas un scoop et on dit même que M. Sijilmassi serait sur la sellette …mais cela n’est pas en relation avec la crise financière mondiale mais plutôt en liaison avec l’opération « tordue » de l’été dernier conclue par la salle des marchés du CA avec CALYON qui a failli coûter chére à la Banque Marocaine !

    Par contre je ne sais pas si vous le savez, mais certaines banques marocaines (à capitaux étrangers majoritaires) tentent actuellement de lever des fonds (sous forme de ce qu’on appelle « Dette subordonnée ») et n’arrivent pas à trouver preneurs même sur le marché local ! Nos institutionnels, principalement les Cies d’Assurance, ne se montrent guère enthousiastes pour souscrire aux emprunts obligataires lancés par ces banques : c’est peut être là une conséquence de la crise mondiale .

  5. Annouss dit :

    Et bien espérons que la saison de pluie va continuer comme elle a commencé !

  6. copez dit :

    @ celui qui a ecrit cet article
    Les credits a taux variables sont a l’origine de la crise.
    Les répercussions sur l’économie nationale ne vont pas tarder a se ressentir ( les IDE, tout ça…. ) , mais ce qui est bien c’est que le prix du pétrole et des matières premières (alimentaires surtout) baisse, en attendant notre révolution agricole. Je crois que c’est de là que le Maroc doit commencer. Je fais confiance a notre ministre de l’agriculture Mr Akhennouch, je crois qu’il a compris tout cela.
    Avec le contexte de récessions que va connaitre les grandes économies du globe, le Maroc et tous les pays en développementont ont une chance de pouvoir rattraper leur retard.
    PS: llay jib chta ou les ogm

  7. Groupe Addohha dit :

    Bonjour ,

    Comment se fait il qu’ au Maroc personne ne réagit aux diffamations lancées contre Anas Sefrioui; Mostafa Belkhayate, association humanitaire , le Maroc etc… par http://www.casawaves.com
    C’est quand même un sujet de débat qui interpelle tout citoyen marocain ? Nom de Dieu ! regardez par vous même !
    Qui profite d’un tel acharnement .Mais que se passe t il ? pour un homme politique c ‘est une occasion en or pour lancer une contre attaque bien justifiée sous forme de débat et vous êtes du niveau. Bon courage !
    Voyez donc par vous même !

Ajouter un commentaire